Nous connaissons tous le proverbe « Le bien et le mal auront à la fin leur récompense »[1], en effet, il est valable aussi dans l’optique bouddhiste. La bonne action et sa bonne intention sont toutes inscrites dans vos archives, et elles entraîneront une récompense au moment opportun. De même, la mauvaise action et sa mauvaise intention sont enregistrées et entraîneront une punition. L’effet d’une cause ne s’oublie pas. Pour certains, la récompense du bienfait ne suffit pas à compenser celle de la mauvaise action et la mauvaise intension. C’est-à-dire qu’une personne qui a effectué beaucoup d’actions bienveillantes, mais qui a commis également une mauvaise action d’ampleur, recevra la  récompense du bienfait, mais la punition ne lui manquera pas non plus. C’est la raison pour laquelle bien des gens, considérés de tous, vont en enfer après leur décès.

Le Mérite (Gongde) est un concepte très important dans le Bouddhisme. Qu’est-ce que le Mérite ? A quoi il sert ?

 

En réalité, la bonne action avec une bonne intention constitue le Mérite, à condition que cette action, avant qu’elle ne soit effectuée, a été promise dans un vœu devant le Bodhisattva. Sans cette condition, le bienfait, réalisé par la volonté spontanée ou sous l’influence bouddhiste, reste au niveau de la manifestation de sa préférence personnelle.

Par exemple, quelqu’un qui, depuis des années, suit le régime végétarien, mais n’a jamais fait le vœu d’être végétarien devant le Bodhisattva, même s’il a suivi un régime végétarien strict depuis dix ans, son action n’est qu’une préférence personnelle. C’est pour cela qu’il faut faire le vœu devant le Bodhisattva. Il faut faire des vœux pour toutes les bonnes actions que vous allez réaliser, y compris les dons offerts, la piété filiale envers les parents, l’amour entre les frères et sœurs, excepté dans les temples où on a des Bouddhas et des Bodhisattvas, comme ici à Guan Yin Tang : ici, toutes les bonnes actions sont considérées comme du Mérite, le vœu n’est pas nécessaire. Les documents doivent seulement être signés par le JP pour que ce soit effectif juridiquement, mais le bienfait ne se transforme en Mérite que lorsque le Bodhisattva en est témoin.

 

A quoi sert le Mérite ? Nous connaissons l’effet nuisible de la dette karmique lorsqu’elle devient active. La dette karmique est come le virus d’un programme informatique, caché dans la Conscience–Alaya[2], elle s’active lorsque l’heure se présente et devient l’Esprit-étranger qui influence la vie de la personne concernée. C’est pour cela que certaines personnes, apparemment en bonne santé, tombent soudain gravement malade, ou subissent un accident voire un catastrophe. D’autres, qui ont des dettes bien trop lourdes, rencontrent beaucoup d’obstacles durant toute la vie. Ces derniers ont souvent une mine sombre, et ils aiment maugréent contre le Ciel, les autres, voire se plaindre de tout. S’ils ont encore du Mérite de Bonheur[3] à dépenser, et s’ils continuent de faire du mal ou de tuer, leurs mauvaises actions se transformeront en dettes karmiques et s’inscriront dans leur Conscience–Alaya. La Conscience-Alaya, la 8ème des huit consciences, elle est la conscience fondamentale dans laquelle sont conservées d’inombrables graines qui peuvent engendrer chez l’homme de bonnes ou de mauvaises actions (principalement des activités mentales). La dette karmique se cache dans la Conscience-Alaya, il n’y que le Mérite qui puisse y pénétrer et compenser la dette. C’est comme ce qui est écrit dans le poème :

 

Mon corps est cet arbre de Bodhi,

Et mon cœur, ce miroir claire.

Il faudrait que je l’essuie souvent,

Pour que les poussières ne s’y posent point.

 

Nous nous appuyons sur le Mérite afin d’enlever les poussières du cœur.

 

L’une des fonctionnes principales du Mérite est de compenser la dette karmique, accumuler le Mérite constitue donc la tâche primordiale pour ceux qui travaillent sur la Voie bouddhiste. L’homme ne pourra atteindre l’éveil que lorsqu’il aura gagné la sagesse, résidant dans un cœur pur et serein, après avoir éliminé sa dette karmique.

 


[1] Il s’agit d’un proverbe chinois ancré dans la culture traditionnelle, issue de la Loi de cause à effet. “善有善报,恶有恶报。San you san bao, e you e bao. ”

[2] La Conscience–Alaya : L’Alaya-Vijnana, la conscience fondamentale, la 8ème conscience. En chinois阿赖耶识. Elle est un réservoir, un réceptacle où toutes les expériences des vies antérieures et de la vie présente sont stockées. Toutes les paroles, pensées et actions issues des autres niveaux de conscience y sont engrangées sous forme de ‘graines’. En conformité avec la loi karmique, la 8ème  conscience laisse ces graines germer et surgir dans les autres niveaux de conscience, à un moment ou à un autre.

[3] Le Mérite pour le Bonheur 人天福报: les récompenses issues des bienfaits selon la Loi de cause à effet. Il s’agit d’un karma positif.